Agents d'entretien : les produits ménagers, un enjeu de santé au travail et de RSE
Ils arrivent avant tout le monde ou partent après tout le monde. On les croise peu, on les remercie rarement. Pourtant, les agents d'entretien qui nettoient nos bureaux sont parmi les salariés les plus exposés de France. En novembre 2025, l'Anses (l'Agence nationale de sécurité sanitaire) a publié une expertise sans ambiguïté sur leurs conditions de travail. Les produits d'entretien y tiennent une place importante. Et les entreprises clientes ont un vrai rôle à jouer.
Un métier massif et invisible
Selon l'Anses, plus d'un million de personnes exercent un métier de nettoyage en France, dans les entreprises de propreté, dans les services internes des entreprises et dans la fonction publique. Ce sont trois fois sur quatre des femmes, en moyenne âgées de 45 ans, souvent à temps partiel et en horaires décalés.
Le bilan de santé est lourd : les maladies professionnelles reconnues y sont deux fois plus fréquentes que chez l'ensemble des salariés. Les troubles musculosquelettiques dominent. Mais l'Anses souligne aussi l'exposition chimique : des produits irritants, utilisés chaque jour, parfois en espace confiné.
Ce que les produits font aux poumons
Le lien entre produits de nettoyage et santé respiratoire est bien documenté. L'INRS (l'Institut national de recherche et de sécurité, référence en prévention des risques professionnels) a consacré une revue complète aux affections respiratoires des personnels de nettoyage : asthme, irritations, bronchites chroniques.
En 2018, une étude de l'université de Bergen a suivi plus de 6 000 personnes pendant 20 ans. Chez les femmes qui nettoient pour leur métier, la capacité respiratoire diminue plus vite que chez celles qui ne nettoient pas. Les sprays sont particulièrement en cause : ils mettent le produit en suspension dans l'air, directement à hauteur de visage.
Un produit qui sent fort n'est pas un produit qui nettoie mieux. C'est souvent un produit que quelqu'un respire toute la journée.
Pourquoi c'est aussi l'affaire des l'entreprise cliente
Quand le ménage est confié à un prestataire, on peut penser que la question ne nous regarde pas. L'Anses dit le contraire : parmi ses recommandations, elle appelle à une coopération renforcée entre les donneurs d'ordre et les entreprises de nettoyage, et à la substitution des produits dangereux.
C'est d'ailleurs l'un des principes généraux de prévention du Code du travail : remplacer ce qui est dangereux par ce qui l'est moins. Et c'est l'entreprise cliente qui fixe le cahier des charges, les horaires et souvent le niveau d'exigence (« désinfecter partout, tous les jours »), qui déterminent les produits employés.
Quatre leviers concrets
Nettoyer avant de désinfecter. L'INRS le rappelle : hors milieu de soins, la désinfection systématique n'est pas nécessaire. Un bon nettoyage enlève déjà une grande partie des micro-organismes. La désinfection doit rester ciblée : sanitaires, points de contact en période d'épidémie.
Réduire le nombre de produits. Moins de références, c'est moins d'expositions, moins d'erreurs de mélange et moins d'emballages. Quelques produits simples couvrent la majorité des besoins d'un bureau.
Bannir les sprays quand c'est possible. Pulvériser sur le chiffon plutôt que dans l'air, ou préférer le seau et la microfibre, réduit fortement l'inhalation.
Revoir les horaires. L'Anses recommande de développer le nettoyage en journée continue. Les agents sortent de l'isolement, les équipes les connaissent, et le travail est mieux respecté.
Un sujet RSE à part entière
La santé des agents d'entretien coche toutes les cases d'une démarche RSE : conditions de travail, égalité, environnement, relations avec les fournisseurs. C'est aussi un sujet que chaque salarié comprend immédiatement, parce qu'il voit l'effet au quotidien, dans les bureaux où il travaille.
C'est tout le sens de nos interventions en entreprise. Nos conférences donnent aux équipes les clés pour comprendre ce que contiennent les produits d'entretien. Nos ateliers, ouverts aux salariés comme aux personnes chargées du ménage, montrent comment faire simple, efficace et moins toxique.
Plus d'infos sur l'ai que l'on respire ici : https://naturel-factory.com/journal/l-air-du-soupcon-notre-air-interieur-est-nocif
Sources
Anses, Analyse des conditions de travail des agents du nettoyage et de leurs impacts sur la santé (https://www.anses.fr/system/files/CONSO2019-SA-0017-RA.pdf?download=1), avis et rapport d'expertise, 2025.
Santé au Travail 72, L'Anses publie son analyse sur les conditions de travail des agents du nettoyage (https://www.st72.org/lanses-publie-son-analyse-sur-les-conditions-de-travail-des-agents-du-nettoyage-et-leurs-impacts-sur-la-sante/), 2025.
INRS, Affections respiratoires professionnelles chez les personnels de nettoyage (https://www.inrs.fr/media.html?refINRS=TR+52) (revue TR 52).
INRS, Nettoyage en entreprise : questions-réponses (https://www.inrs.fr/actualites/faq-nettoyage-entreprise.html).
Svanes Ø. et al., Cleaning at home and at work in relation to lung function decline and airway obstruction (https://nfa.elsevierpure.com/en/publications/cleaning-at-home-and-at-work-in-relation-to-lung-function-decline/), American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine, 2018.
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